jeudi 09 septembre, 2010 - 05:44

Axelle Red

“Bagages perdus? Chouette!”

Il y a des gens qui semblent être nés en voyageant, tant ils parlent avec passion de leurs innombrables aventures aux quatre coins de la planète. Une minute en compagnie d’Axelle Red, et nous voilà convaincus: elle est l’une d’entre eux. “Pour moi, voyager est une façon de vivre; le contact avec d’autres cultures permet de garder l’esprit ouvert et repousse toutes les formes de racisme. En fait, les voyages devraient être obligatoires, comme une forme de service civil.”

Deux semaines à paresser sur une plage, c’est votre style?
“Cela ne fait pas directement partie de mes activités favorites. Naturellement, comme tout le monde, ça me plaît un moment, mais après quelques jours cela commence à me démanger et je ne demande qu’à partir explorer le pays et rencontrer ses habitants. Attention, un hôtel luxueux dans un beau cadre, j’aime, c’est sûr! Mais pour le luxe aussi, la règle est que le trop est l’ennemi du bien.”

Y a-t-il un moment particulier qui a déclenché cette soif de découverte?
“Oui, mon premier voyage sans mes parents. J’étais partie en Thaïlande, avec mon sac à dos. Une expérience inoubliable, car le choc des cultures a été gigantesque. Comme je voyageais en formule ‘basique’, j’ai naturellement été beaucoup en contact avec la population. Cela m’a ouvert un monde entièrement nouveau.”

Vous êtes tombée amoureuse de la Thaïlande?
“J’ai gardé un amour immense pour l’Asie du Sud-Est. Cela fait déjà quelques années que je n’ai pas pu y aller, et j’aimerais bien y retourner le plus vite possible. J’aimerais aussi retourner en Chine. Et puis, il y a aussi l’Inde, que je ne connais pas du tout. Ce sont surtout les gens qui m’attirent. Leur sens de l’esthétique, leur fierté aussi. Sans parler de ce raffinement extrême des femmes asiatiques, c’est vraiment unique. Je suis aussi complètement accro aux senteurs.”

J’ai la solution pour vous: comme Alain Grootaers, prendre une année sabbatique et sillonner toute la région.
“Oh, mais c’est une expérience que j’ai en commun avec lui. En 2001, avec mon mari et ma fille Janelle (qui avait à l’époque un an et demi), j’ai sillonné le monde pendant huit mois. Nous n’avons à l’époque pas visité l’Asie du Sud-Est, mais nous avons en revanche parcouru de long en large le Mexique et la Nouvelle-Calédonie. Je vous l’ai dit, le voyage est une constante dans ma vie.”

Y a-t-il aussi des destinations où vous préféreriez ne plus jamais aller?
“J’ai trouvé Haïti effroyable. J’y étais pour l’Unicef et je ne trouve pas les mots pour décrire la misère que j’ai vue là-bas. Cela ne veut pas dire que je ne veux plus jamais y retourner; au contraire, si je peux aider de manière concrète je reprendrai l’avion. J’ai une relation amour-haine avec les États-Unis. En fait, j’aime bien m’y trouver, mais les mesures de sécurité hyper strictes gâchent beaucoup de choses. Le personnel de sécurité est souvent tellement grossier que pendant un temps j’ai carrément été dégoûtée des États-Unis. Il faut savoir que je suis une ‘gentille anarchiste’: je déteste suivre des règles ineptes. Un jour, dans l’avion pour les États-Unis, j’y suis allée tellement fort qu’ils ont fini par appeler le pilote. Il m’a demandé si j’avais envie de faire le voyage de retour à la nage.” (rit)

Les charmes des aéroports…
“Zwijg mij ervan. Je moet weten dat ik op mijn vliegtuigreizen al talloze keren mijn bagage ben kwijtgeraakt. Al heeft dat ook zo zijn voordelen: je kunt altijd ter plekke nieuwe kleren kopen. Er is niets zaligers dan in kleine winkeltjes de lokale mode te ontdekken. Achteraf ben ik dus des te blijer dat mijn bagage niet tijdig is aangekomen.”

Vous aimez aussi des destinations plus proches?
“Plus que jamais. Dernièrement, avec mon mari et nos trois filles, nous avons fait un périple en jeep dans le massif de l’Atlas, au Maroc. Quelle expérience! Il y a beaucoup de beaux coins en Europe aussi. J’ai par exemple terriblement envie de découvrir la Russie et les pays baltes. Et je trouve que la Suède est un pays fantastique.”

Il y a d’autres régions ou pays sur votre liste de souhaits?
“Sans aucune hésitation le monde arabe. La Syrie et l’Iran sont des pays qui me fascinent. La culture musulmane est tellement riche, ces gens ont inventé tant de choses dont nous récoltons encore les fruits aujourd’hui. D’autre part, ce monde m’effraie aussi un peu. Pour une femme, surtout, il n’est pas évident d’aller se balader par là comme si de rien n’était. Si j’y vais, je jouerai peut-être le jeu à fond, avec un foulard, je me sentirai ainsi probablement plus proche des femmes de là-bas.”

Il nous faut naturellement parler de la France, dont le Ministre de la Culture vous a remis les insignes de Chevalier. Quel est votre coin favori en France?
“J’adore Toulouse. Cette ambiance méridionale, cette lumière,… Tout y est intensément beau. Et puis cet accent du sud! Il suffit que je l’entende, et je décolle. Ma relation avec Paris est différente. J’y ai vécu un moment, mais actuellement j’habite à nouveau à plein temps à Bruxelles. Paris m’absorbait au point de m’épuiser. J’ai fini par avoir la sensation que j’étais en train de perdre ma personnalité. Je ne me sens bien à Paris que si je ne suis pas obligée d’y vivre. D’ailleurs, la qualité de vie est nettement plus élevée à Bruxelles.”

Existe-t-il en revanche une ville où vous voudriez un jour vous installer?
“New York! L’idée que je puisse un jour m’y installer pour une année entière me tente beaucoup. Mais de toute façon j’aime les grandes villes. Berlin, Bangkok, Saigon, même Freetown (ndlr: capitale de la Sierra Leone, en Afrique), j’adore. D’ailleurs, toutes les capitales valent la peine d’être découvertes, même quand elles sont vilaines. Souvent, il émane d’elles une gloire fanée, je trouve ça fantastique!”

C’est encore en plein la saison du ski. Vous en faites souvent, du ski?
“Eh bien, j’ai récemment recommencé à skier. Pour moi, c’est vraiment un mélange de torture et de plaisir. En fait, je ne comprends pas pourquoi les gens skient. Rien que cette tenue de ski, ça fait quand même un peu déguisement, non? Et puis tout ce froid, cette humidité… Mais bon, les soirées des sports d’hiver, ça c’est vraiment sympa.”

Photo: © Nicol’ Andrea