jeudi 17 mai, 2012 - 14:29

Voyager avec

“Bagages perdus? Chouette!”

Il y a des gens qui semblent être nés en voyageant, tant ils parlent avec passion de leurs innombrables aventures aux quatre coins de la planète. Une minute en compagnie d’Axelle Red, et nous voilà convaincus: elle est l’une d’entre eux. “Pour moi, voyager est une façon de vivre; le contact avec d’autres cultures permet de garder l’esprit ouvert et repousse toutes les formes de racisme. En fait, les voyages devraient être obligatoires, comme une forme de service civil.”

Deux semaines à paresser sur une plage, c’est votre style?
“Cela ne fait pas directement partie de mes activités favorites. Naturellement, comme tout le monde, ça me plaît un moment, mais après quelques jours cela commence à me démanger et je ne demande qu’à partir explorer le pays et rencontrer ses habitants. Attention, un hôtel luxueux dans un beau cadre, j’aime, c’est sûr! Mais pour le luxe aussi, la règle est que le trop est l’ennemi du bien.”

Y a-t-il un moment particulier qui a déclenché cette soif de découverte?
“Oui, mon premier voyage sans mes parents. J’étais partie en Thaïlande, avec mon sac à dos. Une expérience inoubliable, car le choc des cultures a été gigantesque. Comme je voyageais en formule ‘basique’, j’ai naturellement été beaucoup en contact avec la population. Cela m’a ouvert un monde entièrement nouveau.”

Vous êtes tombée amoureuse de la Thaïlande?
“J’ai gardé un amour immense pour l’Asie du Sud-Est. Cela fait déjà quelques années que je n’ai pas pu y aller, et j’aimerais bien y retourner le plus vite possible. J’aimerais aussi retourner en Chine. Et puis, il y a aussi l’Inde, que je ne connais pas du tout. Ce sont surtout les gens qui m’attirent. Leur sens de l’esthétique, leur fierté aussi. Sans parler de ce raffinement extrême des femmes asiatiques, c’est vraiment unique. Je suis aussi complètement accro aux senteurs.”

J’ai la solution pour vous: comme Alain Grootaers, prendre une année sabbatique et sillonner toute la région.
“Oh, mais c’est une expérience que j’ai en commun avec lui. En 2001, avec mon mari et ma fille Janelle (qui avait à l’époque un an et demi), j’ai sillonné le monde pendant huit mois. Nous n’avons à l’époque pas visité l’Asie du Sud-Est, mais nous avons en revanche parcouru de long en large le Mexique et la Nouvelle-Calédonie. Je vous l’ai dit, le voyage est une constante dans ma vie.”

Y a-t-il aussi des destinations où vous préféreriez ne plus jamais aller?
“J’ai trouvé Haïti effroyable. J’y étais pour l’Unicef et je ne trouve pas les mots pour décrire la misère que j’ai vue là-bas. Cela ne veut pas dire que je ne veux plus jamais y retourner; au contraire, si je peux aider de manière concrète je reprendrai l’avion. J’ai une relation amour-haine avec les États-Unis. En fait, j’aime bien m’y trouver, mais les mesures de sécurité hyper strictes gâchent beaucoup de choses. Le personnel de sécurité est souvent tellement grossier que pendant un temps j’ai carrément été dégoûtée des États-Unis. Il faut savoir que je suis une ‘gentille anarchiste’: je déteste suivre des règles ineptes. Un jour, dans l’avion pour les États-Unis, j’y suis allée tellement fort qu’ils ont fini par appeler le pilote. Il m’a demandé si j’avais envie de faire le voyage de retour à la nage.” (rit)

Les charmes des aéroports…
“Zwijg mij ervan. Je moet weten dat ik op mijn vliegtuigreizen al talloze keren mijn bagage ben kwijtgeraakt. Al heeft dat ook zo zijn voordelen: je kunt altijd ter plekke nieuwe kleren kopen. Er is niets zaligers dan in kleine winkeltjes de lokale mode te ontdekken. Achteraf ben ik dus des te blijer dat mijn bagage niet tijdig is aangekomen.”

Vous aimez aussi des destinations plus proches?
“Plus que jamais. Dernièrement, avec mon mari et nos trois filles, nous avons fait un périple en jeep dans le massif de l’Atlas, au Maroc. Quelle expérience! Il y a beaucoup de beaux coins en Europe aussi. J’ai par exemple terriblement envie de découvrir la Russie et les pays baltes. Et je trouve que la Suède est un pays fantastique.”

Il y a d’autres régions ou pays sur votre liste de souhaits?
“Sans aucune hésitation le monde arabe. La Syrie et l’Iran sont des pays qui me fascinent. La culture musulmane est tellement riche, ces gens ont inventé tant de choses dont nous récoltons encore les fruits aujourd’hui. D’autre part, ce monde m’effraie aussi un peu. Pour une femme, surtout, il n’est pas évident d’aller se balader par là comme si de rien n’était. Si j’y vais, je jouerai peut-être le jeu à fond, avec un foulard, je me sentirai ainsi probablement plus proche des femmes de là-bas.”

Il nous faut naturellement parler de la France, dont le Ministre de la Culture vous a remis les insignes de Chevalier. Quel est votre coin favori en France?
“J’adore Toulouse. Cette ambiance méridionale, cette lumière,… Tout y est intensément beau. Et puis cet accent du sud! Il suffit que je l’entende, et je décolle. Ma relation avec Paris est différente. J’y ai vécu un moment, mais actuellement j’habite à nouveau à plein temps à Bruxelles. Paris m’absorbait au point de m’épuiser. J’ai fini par avoir la sensation que j’étais en train de perdre ma personnalité. Je ne me sens bien à Paris que si je ne suis pas obligée d’y vivre. D’ailleurs, la qualité de vie est nettement plus élevée à Bruxelles.”

Existe-t-il en revanche une ville où vous voudriez un jour vous installer?
“New York! L’idée que je puisse un jour m’y installer pour une année entière me tente beaucoup. Mais de toute façon j’aime les grandes villes. Berlin, Bangkok, Saigon, même Freetown (ndlr: capitale de la Sierra Leone, en Afrique), j’adore. D’ailleurs, toutes les capitales valent la peine d’être découvertes, même quand elles sont vilaines. Souvent, il émane d’elles une gloire fanée, je trouve ça fantastique!”

C’est encore en plein la saison du ski. Vous en faites souvent, du ski?
“Eh bien, j’ai récemment recommencé à skier. Pour moi, c’est vraiment un mélange de torture et de plaisir. En fait, je ne comprends pas pourquoi les gens skient. Rien que cette tenue de ski, ça fait quand même un peu déguisement, non? Et puis tout ce froid, cette humidité… Mais bon, les soirées des sports d’hiver, ça c’est vraiment sympa.”

Photo: © Nicol’ Andrea

“J’adore m’enfoncer dans une ville”

Tout bien pesé, je suis six mois par an loin de la Belgique. Je ne suis pas qu’un voyageur du froid! Pour rejoindre les pôles ou accéder à la haute montagne, je suis bien obligé de traverser des pays et notamment des contrées qui sont parfois très chaudes! Je me suis ainsi plusieurs fois rendu à Cape Town, afin d’atteindre l’Antarctique. En revenant de là-bas, je suis passé par le Chili et le sud de l’Afrique du Sud, pour me rendre ensuite en Europe. Ces voyages se font souvent en avion, mais j’utilise aussi le bateau. Pour arriver aux extrémités de la terre, il faut passer par différentes régions et rencontrer des gens qui sont extrêmement différents. Les rencontres me passionnent. J’adore m’enfoncer dans une ville que je ne connais pas, découvrir les quartiers où les gens vivent, se rassemblent… J’ai ainsi passé dix jours à Punta Arenas, en attendant d’avoir de bonnes conditions pour pénétrer en Antarctique. Je me promène. Je me laisse envahir par l’esprit des lieux, les cultures… En étant par ailleurs guide de montagne, je ne me limite pas aux grandes expéditions.
Je n’ai rien!

En voyage, j’emporte deux mallettes, l’une avec mon ordinateur, des documents, l’autre avec un petit sac de couchage, un tout petit matelas - l’ensemble pèse 620 grammes, une brosse à dents, etc… Je m’aperçois que lorsque je pars en montagne, dans un refuge, je n’ai rien! Si l’on peut se débrouiller dans les espaces polaires par moins 40°, on s’en sort forcément ailleurs avec trois fois rien. C’est ma vie. Lorsque je pars en expédition, c’est par contre méthodique. J’ai une importante logistique. Je dois penser à tout. Il faut avoir une vie en cohérence avec ses idées. Je ne pense pas que je pourrais participer à un voyage organisé. Il m’arrive parfois d’acheter un billet d’avion le soir à 23h pour m’envoler le matin à 6h30.

Je rêve

Il y a plein de contrées où je ne me suis pas encore rendu et que j’aimerais inscrire à mon programme. J’irais bien ainsi dans la Chine de l’Ouest, les grands déserts, emprunter la Route de la Soie. Là, je serai loin des pôles!

Plus jamais

Mis à part des grandes villes monotones aux États-Unis, je ne regrette aucun voyage. Il faut voyager pour comprendre les autres. Si l’on reste dans des clubs de vacances, on passe à côté de tout.

Texte: Philippe Warzée

“Je privilégie l’aventure et l’authenticité.”

J’ai la chance d’avoir beaucoup voyagé avec mon père depuis ma tendre enfance. Il choisissait des destinations exotiques, comme le Kenya, la Californie… J’ai aussi été au Niger. C’était magique. Il avait loué des véhicules tout-terrain et engagé un guide. Nous sommes partis deux semaines à l’aventure dans le désert. Nous dormions à la belle étoile, buvions l’eau des puits des villages que nous traversions… Ça laisse des souvenirs! Il a toujours de bonnes idées, des destinations qui sortent des sentiers battus et qui me plaisent énormément. Au mois de juin, avant les 24 heures du Mans, nous partons une semaine en Corse. La destination n’est pas exotique, mais c’est le type de voyage qui me plaît! Au programme: un trekking. Je préfère ce genre de vacances à une semaine sur la plage de Saint-Tropez à faire bronzette et à sortir en boîte le soir! Je ne supporte pas ça. Ici, ce sera l’aventure dans le maquis avec sac à dos et camping à la clef. J’aimerais bien que mon père soit un peu plus mon tour-opérateur!
Voyager en solitaire

J’adore voyager. Cela fait partie de ma personnalité. Je suis très curieuse de tout. Dès que je peux découvrir un nouveau sport, un pays… je suis toujours partante. De plus, en voyageant, je profite premièrement du voyage, mais ensuite, j’apprécie d’autant plus mon chez-moi! J’ai beaucoup voyagé seule, aux États-Unis, en France, notamment dans le Var. J’ai commencé par un stage de parachutisme et j’ai ensuite poursuivi à la découverte de la région. Dans le cadre de mes études de biologie, j’ai participé à un programme d’échange Eramus, ce qui m’a permis de vivre sur un campus américain. C’était très instructif, même si c’est dur de s’habituer aux Américains! Il m’est arrivé de partir en solitaire avec des pieds de plomb. Mais curieusement, ce sont en fin de compte mes meilleurs souvenirs. J’ai souvent rencontré plein de gens intéressants.
En 2001, je me suis rendue au Japon en compagnie de mon père. Nous étions invités chez un de ses amis. Au bout de quelques jours, mon père a dû rentrer d’urgence en Belgique. Je me suis donc retrouvée seule là-bas. J’ai voyagé, accompagnée d’un guide, de Tokyo à Kyōto, pour ensuite assister au Grand Prix de Susuka! Le Japon m’a fascinée par sa différence de culture. J’ai aussi été surprise par le racisme vis-à-vis des blancs. Je trouve que voyager à deux ou à trois, c’est aussi bien. Mais les voyages en groupe, ce n’est pas mon truc. Déjà à deux, il faut composer, faire des compromis… Or les vacances, c’est faire un peu ce qu’on veut!
Compétition et voyages à la clef

Ces temps-ci, je voyage essentiellement pour ma profession. C’est plus intéressant, parce que je découvre un pays sans avoir l’étiquette de touriste. Je n’aime d’ailleurs pas les destinations “conventionnelles”. Je ne suis pas du tout Club Med. Je privilégie l’aventure et l’authenticité. Avec les courses, généralement, on ne va pas très loin. C’est souvent l’Allemagne, la France, parfois les États-Unis, où j’ai ainsi découvert la Floride, la Pennsylvanie, Indianapolis. En 2000, 2001 et 2002, j’ai participé au Rallye Paris-Dakar. Même si on s’arrête chaque soir dans des villages pour le bivouac, on est peu en contact avec la population locale. On évolue dans une bulle! Si je devais arrêter de rouler, les voyages me manqueraient certainement.
Destinations de charme

À titre privé, je me suis aussi rendue dans ces régions, notamment à Dakar au Sénégal, au Maroc, mais aussi en Égypte. C’est amusant d’évoluer dans les souks du Caire, de pratiquer le marchandage. Il y a une relation qui s’installe entre vous et le vendeur. On sait dès le départ qu’il faut au moins diviser le prix par deux… J’aime me laisser prendre au jeu. Ce qui est moins chouette, c’est la misogynie ambiante!
Je me dis que le plus beau voyage est celui qui est à venir. Après la Corse, j’aimerais beaucoup me rendre en Amérique du Sud, au Pérou, voir les sites incas. À côté de ces projets, il y a aussi les voyages en amoureux. La destination a un charme supplémentaire! En plus, on n’est pas obligé d’aller loin. J’apprécie particulièrement la Bretagne et l’Italie. Mais pour ce type de voyage, toutes les destinations deviennent charmantes. Il faut se laisser aller, ne pas trop programmer.

J’y retournerai:

J’ai eu le bonheur de plonger aux Maldives. Les fonds marins sont splendides, l’eau est claire et chaude. J’aime bien être en bas, pour l’ambiance qui y règne. J’adore être en apesanteur. Je ressens une telle paix!

À oublier au plus vite:

Les parcs d’attractions. Je ne supporte pas: les files, le monde, ce qui est organisé pour s’amuser. Même si je reconnais que les décors sont souvent féeriques, je n’aime pas ces parcs… sauf si je pouvais m’y promener toute seule!
Vanina Ickx est coureur automobile.

Texte: Philippe Warzée