Dans cette rubrique, notre rédacteur Kevin De Vos porte un regard original sur l’actualité des voyages.
GRANDE 83: septembre 2010
Le stress de l’hôtesse de l’air
Est-ce que, l’été dernier, vous avez vous aussi été gratifiés de ce sourire charmant que la plupart des hôtesses de l’air sont capables d’afficher comme par magie sur leur avenant visage? Tant mieux, mais espérons que vous n’avez pas trop appuyé votre regard, car il faut savoir que les hôtesses de l’air en ont un peu assez d’être regardées avec concupiscence. L’association australienne du personnel de cabine FAAA a d’ailleurs récemment proclamé haut et fort son déplaisir devant un petit film publicitaire réalisé par une compagnie aérienne russe, où des hôtesses de l’air se déshabillent et nettoient un avion seulement vêtues de minuscules bikinis. D’accord, on ne peut pas dire que les responsables du film aient été animés par une pulsion créatrice énorme, mais de là à faire un tel tintouin et à affirmer qu’à cause de ridicules petits films les hôtesses de l’air risquent de devenir la cible de harcèlement sexuel, il y a quand même de quoi se taper sur les cuisses! Si les compagnies aériennes veulent éviter que quelques ours mal léchés n’importunent le personnel de cabine féminin, elles pourraient peut-être commencer par limiter la consommation d’alcool durant les vols.
GRANDE 82: juillet 2010
Ode aux passagers aérien
Nous vivons une époque difficile: la terre tremble, les volcans s’énervent, et le monde entier, jusqu’à Tombouctou, s’inquiète pour BHV. Mais aucun malheur, je dis bien aucun, n’est aussi dramatique que celui que vit le secteur aéronautique. British Airways, Lufthansa, Iberia, Brussels Airlines…, au cours des dernières semaines, tous ont annoncé des pertes gigantesques, avec un ensemble touchant. Si ces compagnies étaient des États, il y a longtemps que, à l’instar de la Grèce, elles en seraient réduites à aller mendier auprès du FMI. Et à subir les moqueries mordantes d’Angela Merkel! Mais voyez, les miracles, ça existe vraiment: en dépit de gouffres financiers vertigineux, elles continuent gaillardement à sillonner les cieux. Étrange, d’autant plus que tout passager un tant soit peu habitué sait bien, lui, que ces pertes abyssales ne sont vraiment pas dues à d’hypothétiques services astronomiques offerts aux clients. Au contraire, on a de plus en plus l’impression que les gens qui voyagent en classe economy (cattle class) sont tout au plus encore tolérés comme figurants, à qui on va encore soutirer les quelques euros qui leur restent en poche. Un café dans un gobelet en carton, accompagné d’un pitoyable croissant: quatre euros, monsieur. Une malheureuse petite bouteille de ‘Château Migraine’: 6 euros. Naturellement, il y a aussi des exceptions. Emirates, la compagnie nationale de l’émirat de Dubaï, vient par exemple d’annoncer des bénéfices faramineux. Ce n’est évidemment pas un hasard si je parle ici d’une entreprise qui prône encore haut et fort le concept de ‘service’. Un petit conseil? Réservez donc un vol en classe economy dans une compagnie comme Emirates ou Etihad, vous conclurez bien vite que la plupart des compagnies occidentales classiques ne sont qu’une bande de sociétés geignardes qui se lamentent à la moindre occasion, alors qu’elles devraient se rendre compte que si elles existent, c’est bien grâce à nous, les voyageurs…
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GRANDE 81: juin 2010
Les douze points sont pour ...
L’Islande! Quel magnifique pays: après des banques en faillite, cette nation nordique nous envoie une cendre volcanique absolument pure et non coupée. Ce volcan au nom décidément imprononçable a déclenché les jacassements d’éminents intellectuels de toutes catégories professionnelles: sur le sens et le non-sens de notre existence trépidante, sur le rôle de l’aviation dans notre société moderne, sur l’insignifiance de l’homme… Tous les sujets auxquels on pouvait s’attendre ont déferlé sur nous telle une horde de chevaux au galop. Les rôles les plus amusants dans cette splendide tragicomédie ont été tenus par les innombrables porte-parole du secteur du voyage. Alors que chaque hoquet du méchant volcan coûtait un paquet d’argent à leurs entreprises respectives, gesticulants et rouges d’excitation, ils semblaient manifestement jouir de ce moment unique. Leurs expressions (Du jamais vu! Le plus grand chaos de tous les temps!) trahissaient combien cette attention exclusive des médias leur faisait chaud au coeur. Pendant ce temps, leurs patrons attisaient savamment la discussion sur l’utilité de l’interdiction de vol. Quant à la sécurité des passagers et du personnel des avions, cela semblait bel et bien être le dernier de leurs soucis. Peut-être avaient-ils tout simplement peur que l’on en arrive à la constatation majeure que, même sans avions, le monde continue de tourner. Encore un peu et le secteur déclaré moribond des autocars redeviendra un moyen de transport très attrayant…
GRANDE 80: may 2010
Retour à la côte
Ouf! On peut tout de même s’appuyer sur l’une ou l’autre certitude dans la vie: quand, en Belgique, un semblant de rayon de soleil fait mine de percer la couche de nuages, de longues files ne tardent pas à se former en direction de la mer. Ce littoral belge a de quoi étonner: s’il fait sans nul doute partie des côtes les plus défigurées au monde, son pouvoir de séduction reste incroyablement élevé. Et heureusement que nous avons encore l’indéboulonnable bourgmestre de Knokke, Léopold Lippens, pour y mettre un peu d’ambiance. Dernièrement l’homme a fait sous-entendre tous azimuts qu’il aimerait voir sélever un hôtel six étoiles dans sa comune. Et oui, tel un essaim d’abeilles en folie, les persiflages se sont répandus. Tout le monde a évidemment le droit de considérer Lippens comme une sorte de clown inoffensif qui a de temps à autre envie de se rappeler au bon souvenir des médias. Mais il est clair (comme de l’eau de la Mer du Nord) qu’il est pour ainsi dire le seul bourgmestre de la côte à avoir donné à sa commune une aura internationale qui s’élève bien au-dessus de la médiocrité. Pourquoi verrait-on un luxueux hôtel six étoiles d’un mauvais œil ? En Europe, presque chaque zone côtière importante a ses hôtels de rêve, alors que la côte belge…nada, nothing, rien. Il est grand temps que cette frilosité belge évolue en une vision moderne et audacieuse, désireuse de sortir notre côte d’une banalité étriquée.
GRANDE 79: avril 2010
Grincements de dents (1)
Dans le secteur belge du voyage, quelques hauts pontes ont récemment dû s’étrangler avec leur café en lisant un article paru dans le magazine spécialisé Travel Magazine. Un des rédacteurs avait en effet calculé l’âge moyen de la flotte d’avions des compagnies aériennes belges. En conclusion, nos avions comptent en moyenne parmi les plus vieux du monde occidental. Brussels Airlines affiche par exemple un âge moyen de 14 ans. L’émoi suscité par la nouvelle n’avait pas encore eu le temps de retomber que notre rédaction était bombardée de communiqués de presse des compagnies concernées qui, dans un torrent de mots, affirmaient avec l’énergie du désespoir que la situation était loin d’être aussi dramatique qu’elle en avait l’air. Nous voulons bien croire que les avions belges sont parfaitement entretenus, et que ces appareils sont prévus pour voler dans les cieux pendant au moins trois décennies. Mais d’une façon ou d’une autre, le citoyen lambda n’a pu s’empêcher d’éprouver un drôle de sentiment, et ne retient au final qu’une seule chose: la plupart des compagnies aériennes belges sont à la traîne derrière leurs consœurs étrangères. Et de se faire la réflexion fondamentale suivante: un avion neuf, c’est quand même meilleur (plus silencieux, plus écologique, plus sûr) qu’un vieil avion? Brussels Airlines et Thomas Cook doivent-ils vraiment acheter des avions d’occasion? Des questions qui n’ont reçu aucune réponse au milieu de ces stériles levées de bouclier.
GRANDE 78: mars 2010
Pauvres célibataires
“Chers membres de la rédaction, en tant que fidèle lecteur de votre magazine, c’est en désespoir de cause que je m’adresse à vous.” Vous imaginez bien que quand une missive aussi poignante nous parvient, notre petit coeur fragile rate un battement. Que passe-t-il. En fait, ce bon monsieur se soucie bien à raison du triste sort des gens qui voyagent seuls: “Qui donc réussira un jour à supprimer cette injustice que sont les insupportables suppléments facturés par les hôtels aux personnes qui voyagent seules?” C’est effectivement un de ces incompréhensibles paradoxes de notre époque: de plus en plus de gens sont célibataires, mais l’industrie du voyage (tour-opérateurs, hôtels, …) les sanctionnent encore toujours financièrement pour cela. Bien sûr, ce ne sont pas des institutions de charité: que vous occupiez une chambre seul ou à deux, le résultat reste quand même quasi le même. Mais un secteur qui vit de la satisfaction des clients et qui se montre généralement très créatif pour imaginer des réductions et autres promotions (”Réduction si vous réservez tôt: -5 euros! Trois bouteilles de champagne offertes!! Repas gastronomiques dans l’avion!!!”), pourrait quand même gâter un peu plus les nombreuses célibataires.
GRANDE 77: février 2010
Bien cherché!
Hélas, trois fois hélas, les envies de voyages ont été mises à rude épreuve au cours des dernières semaines. Le roi Hiver s’est en effet montré féroce: des trains se sont retrouvés à l’arrêt, des avions ont été entravés par la neige et des voitures ont eu toutes les peines du monde à garder la trajectoire. Mais c’est assurément à Lanzarote que l’on a assisté à la scène la plus pitoyable: un avion Ryanair qui devait ramener des centaines de Belges à Charleroi n’a pas pu décoller “pour cause de mauvais temps”. Pendant ce temps, nos compatriotes ébahis assistaient pourtant au joyeux ballet des avions des autres compagnies. Résultat pour nos pauvres diables: attendre le prochain vol… qui ne partirait qu’une semaine plus tard environ. Mais trêve de compassion: qui fait confiance à une entreprise qui ne considère ses passagers que comme du bétail à transporter, ne doit pas s’étonner d’être également traité comme tel.
GRANDE 76: janvier 2010
Égarement du low cost
Les patrons de compagnies aériennes en viendraient presque à vendre leur propre mère pour remplir leurs trop nombreux avions. La compagnie à bas prix Easyjet a par exemple récemment eu la brillante idée de distribuer des billets gratuits depuis un dirigeable au-dessus de Schiphol. Magnifique: une entreprise qui estime faire un énorme coup de pub mais scie en même temps la branche sur laquelle est installée. Ce qui résume bien la tragédie du modèle low cost: brader son propre produit jusqu’à la moelle, jusqu’à ce qu’il n’en reste vraiment plus rien.
Et le consommateur, lui, considérera bientôt l’illusion de ‘voler gratuitement’ comme un droit fondamental.
GRANDE 75: décembre 2009
Cœur brisé, Rêve brisé
Commençons par la mauvaise nouvelle du moment: c’est avec une pro-fonde tristesse que la rédaction vous annonce le décès prématuré de Casa dell’Alba. Ce nom féerique couvrait le concept créé au début de cette année dans le cadre de l’émission ‘De Italiaanse Droom’ (le rêve italien) de la chaîne flamande VTM, où cinq couples flamands concouraient pour avoir la chance de diriger une chambre d’hôtes dans l’adorable village italien de Montelparo. Les choses avaient pourtant bien commencé: au terme de plusieurs émissions passionnantes, Jos et An (couple de Flamands un peu nunuche avec le charisme d’une sansevière flétrie, mais terriblement bosseurs, et la gentillesse personnifiée) recevaient dans un crescendo de musique les clés de la toute nouvelle chambre d’hôtes. Eye-works, la maison de production de Casa dell’Alba, restait cependant propriétaire de l’endroit. Eyeworks souhaite à présent, comme convenu, vendre le bien, mais nos pauvres Jos et An n’ont pas la somme nécessaire à mettre sur la table. Quel bel exemple de cynisme: une maison de production fait de l’audience des semaines durant grâce aux participants à son concours, mais se permet de dire aux vainqueurs, au final, ‘désolés, votre offre est insuffisante’. VTM rééditera bientôt la formule avec ‘De Andalusische Droom’ (le rêve andalou); je suis curieux de voir quelles bonnes âmes ils auront été pêcher cette fois dans leur réserve de candidats au ‘quart d’heure de gloire’…
GRANDE 74: november 2009
Vive TripAdvisor
Pauvres hôteliers. Ils tremblent de peur à chaque visite sur TripAdvisor, le site d’évaluation où même les plus beaux hôtels du monde peuvent être égratignés par les champions de la critique au vitriol: ‘Pire expérience de voyage!’, ‘Plus jamais!!’ et ‘Cinq étoiles? Jamais! Tout au plus deux!!!’. Le site présente désormais son Top 10 des villes où sévissent le plus les pickpockets. Et quelle est la ville qui occupe la première place? Sonnez trompettes, roulez tambours … c’est Barcelone! Toutes nos félicitations aux Catalans! En revanche, s’il est vrai que nous avons la fâcheuse manie de toujours être très critiques, nous ne pouvons nous empêcher de nous demander comment, au nom du ciel, on fait pour établir un tel classement. Et nous soupçonnons fort qu’il n’ait pas été précédé par une enquête scientifique préalable. Des sites Web tels que TripAdvisor ont beau prôner le principe ‘plus vous criez fort, plus il y aura de gens qui vous croiront’,
ce genre de bulle explose facilement.
GRANDE 73: octobre 2009
Les hommes politiques en voyage, ce sont quand même de drôles d’oiseaux. Ainsi, nous avons eu la chance de recevoir un récit circonstancié de notre Premier ministre Herman Van Rompuy et de sa charmante épouse sur leurs aventures en Australie. Cerise sur le gâteau, notre Herman national a mis sur son site web une photo teintée d’un beau flou artistique, sur laquelle il est vêtu d’une belle chemise à carreaux, d’un beau short beige (vu chez Vögele à 5,99 euros) et de belles sandales noires. Terriblement sexy! Trêve de lamentations, résumons plutôt cette situation ‘dramatique’ par un petit haïku japonais, art cher à notre Premier ministre:
Vacances
Homme en pantacourt,
c’est seulement notre ministre.
Oh cruel été!
GRANDE 72: septembre 2009
> Le samedi 1er août dernier a été une journée historique. En ce jour
remarquable, vous avez en effet, tous ensemble, réussi à battre le record de files sur les autoroutes de France: à savoir, pas moins de 866 kilomètres. Félicitations à tous! Dieu sait ce qui peut bien pousser les gens à aller se coincer dans des files interminables…
Et si pour l’année prochaine on visait les 1.000 kilomètres?
> Arrêtez tout, voici la révélation de l’été: le monokini est out, le bikini est in. Le journal flamand De Standaard, quotidien dont la qualité (autoproclamée) n’est pas à mettre en doute, a publié une analyse très poussée de cet intéressant phénomène social. La satisfaction de la journaliste Mia Doornaert y transparaissait à chaque ligne. Car: “La vue d’une poitrine dénudée au-dessus d’une salade niçoise ou d’une assiette de sardines grillées n’était pas toujours des plus appétissantes.”
© photo: Gerrit op de Beeck








