Arles a commencé par me surprendre… Par sa taille tout d’abord, assez modeste pour l’une des villes les plus célèbres de la Provence. Armé de ma valise, il me faut à peine dix minutes pour me rendre de l’arrêt de bus à mon hôtel, dans le cœur historique, et découvrir chemin faisant la moitié de la ville, dont l’amphithéâtre bien conservé. Arles est nettement plus petite que d’autres villes connues de la région comme Aix-en-Provence, Nîmes ou Avignon. L’hôtelier Philippe Coumet comprend parfaitement mon étonnement. Cela fait dix ans que cet homme d’affaires prospère a déposé ses valises à Arles. «Je suis venu assister à une corrida dans l’amphithéâtre comme Van Gogh et Picasso jadis. Tout comme eux je suis immédiatement tombé sous le charme. Arles concentre tous les avantages d’une grande ville sur une petite superficie. Tout peut être atteint à pied… Qui plus est, les cieux y sont toujours cléments et la mer toute proche.» Cette constatation peut bouleverser la vie d’un homme du jour au lendemain. Aujourd’hui, Philippe est copropriétaire d’un des hôtels les plus élégants de la ville. L’Hôtel de l’Amphithéâtre retrace aussi un petit bout d’histoire. Au dix-septième, c’était un grand hôtel particulier d’une famille nantie. Vers 1820, le peintre François Huard y installe une école de dessin pour les plus jeunes. La jeunesse d’Arles y recevait des cours d’art à titre gratuit. Huard, dont les œuvres peuvent être admirées au Louvre, s’est également consacré à l’archéologie et a été le premier conservateur du musée archéologique de la ville.
Pastis à l’ombre des platanes
En 46 avant notre ère, les Romains ont fait d’Arelate une colonie pour les vétérans de guerre, la deuxième plus importante de l’Empire romain. Arles présente aujourd’hui encore de nombreux vestiges de cette période glorieuse. Afin de rapidement m’acclimater à l’agréable chaleur des lieux, je m’assieds sur la Place du Forum pour y siroter un pastis sous les platanes. L’ancien forum romain se trouve quelque part sous les pavés, sous la place du marché. Vous pouvez visiter une partie de ces galeries souterraines, les cryptoportiques. Mais elles sont temporairement fermées – après deux mille ans, elles sont enfin restaurées! Je prends le temps d’apprécier mon pastis au Café de Nuit. Ce bar aux murs jaunes est une copie parfaite (ou est-ce l’inverse?) du célèbre tableau que Vincent Van Gogh a peint ici en 1888. On n’en fait d’ailleurs pas mystère. Personne ne s’étonnera dès lors que le prix d’un apéro y est plus cher et le service plus médiocre qu’ailleurs… Dommage. Fort heureusement, ce sera l’exception qui confirme la règle comme je le découvrirai les jours suivants. Le centre historique regorge en effet de petites venelles truffées de bars et de restaurants sympathiques où vous pouvez vous régaler à un prix abordable (de la cuisine traditionnelle avec des oreilles de porcs et des crêtes de coq aux bars tendance en style lounge, avec fort heureusement tous les genres intermédiaires). Une brochette des meilleurs restaurants de la ville s’étire dans la rue du Docteur Fanton.
Racines romaines
L’histoire de l’art à Arles remonte à ses origines. Les Romains appréciaient déjà les représentations en plein air de pièces de théâtre classiques. Les environs du théâtre antique ressemblent peut-être aujourd’hui à un chantier de pierres et de fragments de colonnes. Et de fait, ce site a trop longtemps été considéré comme une carrière de seconde main. Pourtant, les détails des ornementations, les vestiges des sols en mosaïques et les deux superbes colonnes corinthiennes qui bravent étonnamment le temps et les lois de la gravité, témoignent du lustre d’antan. Les plus belles pièces sont protégées aujourd’hui dans des musées à l’instar de la Vénus d’Arles qui se trouve au Louvres. À un jet de pierre, voici l’amphithéâtre. Il s’y jouait d’autres drames, moins raffinés, mais plus populaires. Cette arène se classe treizième dans la liste des plus grands amphithéâtres romains. J’y pénètre en empruntant la majestueuse porte d’accès. Dans la cour intérieure, j’ai tenté de m’imaginer ce qu’on pouvait ressentir quand on était acclamé par un stade comble – à l’origine, les tribunes comptaient trois rangées, dont la dernière a disparu aujourd’hui. Le même sentiment est évoqué par Van Gogh dans sa peinture de l’arène: surtout touché par le public frénétique avec, en arrière-plan, une partie du champ de bataille. Mais enthousiasmé aussi par le jeu de la lumière et des ombres provençales. Il n’est par ailleurs pas nécessaire de connaître par cœur toutes les œuvres de la période arlésienne de Van Gogh (1888-1889), car des reproductions sont exposées en différents endroits de manière à pouvoir comparer la réalité et l’interprétation du peintre. Par ailleurs, vous ne trouverez plus un seul original de Van Gogh en ville…
Ancien quartier de pêcheurs
À l’ouest de la ville, changement de décor avec le Quartier de la Roquette, un tout autre visage du Vieux-Arles sur les rives du Rhône. Il était le quartier des pêcheurs de la ville bien avant le vingtième siècle. Ensuite, il a périclité. Il y a dix ans, des artistes et immigrants (d’autres parties de la France et de l’Afrique du Nord) ont redécouvert ce quartier populaire et paupérisé. Les petites maisons ont ainsi connue une seconde vie… C’est d’ailleurs ici que l’Arles authentique est la plus présente. Un ancien café populaire, où le facteur vient boire un petit verre après sa tournée et tailler une bavette avec le tapissier ou le balayeur de rue, y côtoie une galerie d’art. Des enfants jouent dans les ruelles ou lancent une ligne dans le Rhône, caché par un haut mur. Étrange, les Arlésiens semblent tourner le dos au grand fleuve… Dans le bar, un vieil habitant du quartier m’explique: «C’est bien le cas. Lorsque le Rhône sort de son lit, notre quartier est le plus touché. Depuis que nous ne vivons plus de la pêche, la rivière n’apporte que des malheurs.» 2003 fut encore une de ces années noires. La Roquette était inondée et le mur a encore été rehaussé.
Marché provençal
Je me rends au Boulevard Emile Combes. Les mercredis et samedis matin, vous y trouverez un des marchés provençaux les plus animés. Dans le chapelet d’échoppes de deux kilomètres, cultivateurs et éleveurs viennent y vendre leurs produits frais aux citadins. Légumes de saison, fromages de chèvre et autres produits laitiers, tapenades, saucisses, sel et riz de la Camargue,… tout ce qui fait de la Provence une destination si délicieuse. Vous pouvez goûter partout. Un tuyau: rendez-vous au marché vers midi. Vous aurez tôt fait de déjeuner. Je goûte des toasts avec une tapenade de poivrons grillés, un délicieux morceau de chèvre et je fais descendre le tout avec un petit verre de rosé. Gérard Gual, commerçant de son état, m’arrête. «Goûtez.» Je découvre dix-huit variétés de tomates. Des grosses, fines, longues, rondes, rouge vif, orange, fines et fluettes. Il me tend un morceau juteux et rouge vif. «Mûrie au soleil jusqu’à ce qu’elle soit prête à être cueillie, ce matin même.» La chair fond en bouche. Le goût est d’une richesse rare, point de fadeur ici-bas. Cela ne manque pas de piment… Gérard affirme qu’il est le dernier en Provence à cultiver toutes les variétés locales connues. «De nombreuses variétés ne sont plus cultivées parce qu’elles ne peuvent se conserver que deux ou trois jours. Mais ce sont toutefois les tomates les plus authentiques et les plus goûteuses. Les produits étrangers sont cueillis verts et sont ensuite transportés sur des milliers de kilomètres. Il va de soi que leur goût rappelle beaucoup moins l’eau.» Chaque jour de marché, cet homme vend des dizaines de kilos de ses tomates provençales. Les chalands sont nombreux et prêts à faire la queue pour accéder à la qualité.
Dernière demeure
Si vous en avez assez de toute cette animation, mettez le cap sur Les Alyscamps. Cette nécropole est l’endroit le plus calme et le plus intime d’Arles. Les origines de ce cimetière remontent à l’époque romaine. Plus tard, après l’avènement du christianisme, il est devenu un lieu de pèlerinage, car le martyr local Saint-Genest gît dans le cimetière. Plus tard, les premiers évêques d’Arles y ont également trouvé leur dernière demeure. Aujourd’hui, il n’en reste plus qu’une allée bordée d’arbres. Des sarcophages à gauche et à droite. Cette allée donne sur l’élégante église de Saint-Honorat, imposante dans sa simplicité romane. L’église était une étape obligée des pèlerins sur la route de Compostelle. Au retour, nous passons devant la Maison de Repos Jeanne Calment, du nom de la personne la plus âgée de tous les temps. En 1997, Jeanne, encore bon pied bon œil, est décédée dans cette maison de repos à l’âge bénit de 122 ans. Elle est née et a grandi à Arles. Elle y est toujours restée et y a rendu son dernier souffle. En buvant chaque jour son verre de vin, naturellement. Une visite à Arles s’impose donc pour la santé!
En pratique
Arles se situe dans le midi de la France, dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Ce n’est pas une ville, mais bien la plus grande commune de France avec 52.600 habitants. Arles se dresse au début du delta du Rhône et est ainsi parfois appelée «porte de la Camargue». Arles attire de nombreux visiteurs grâce à son prestigieux passé. Arles et Orange étaient les deux villes romaines les plus importantes hors d’Italie. L’habitant le plus célèbre est sans aucun doute Vincent Van Gogh qui y a peint plus de trois cents tableaux. L’esprit du génie est encore palpable.
Y aller
Bruxelles-Midi est à moins de cinq heures d’Avignon en TGV. Ou comment atteindre la Provence rapidement et confortablement. Ensuite, il vous suffit de prendre un bus direct à destination d’Arles. Et cinquante minutes plus tard, vous y êtes. Le même TGV poursuit sa route vers Aix-en-Provence et Marseille. Cet itinéraire est desservi chaque jour par au moins trois trains. Les enfants de moins de quatre ans voyagent gratuitement s’ils ne prennent pas une place séparée. Le tarif plein et le plus flexible en seconde classe jusqu’à Avignon revient à 125 euros pour le voyage aller. Il existe toutefois différents tarifs avantageux comme Prem’s 2 dont le voyage aller ne revient qu’à 80 euros. Cependant, la disponibilité de ces formules est limitée et il faut donc réserver longtemps à l’avance (maximum deux mois). Vous devez toujours réserver. Le trajet en bus pour Arles revient à 7,10 euros.
Pour en savoir plus et pour acheter des billets, surfez sur www.b-rail.be, rendez-vous dans les grandes gares SNCB ou formez le +32 (0)2/528 28 28. En voiture, Arles se trouve à 995 kilomètres de Bruxelles.
Musées
Depuis 1995, le Musée de l’Arles et de la Provence antiques accueille les principales découvertes archéologiques de la ville. Vous y trouverez aussi un aperçu historique facilement assimilable d’Arles. Nous ne pouvons que vous conseiller de d’abord visiter ce musée quel que soit le but de votre passage à Arles. Vous y trouverez, entre autres, de superbes sarcophages des Alyscamps. Le Musée Reattu présente une collection exceptionnelle avec des sculptures de Zadkine et une série de dessins offerte par Pablo Picasso à la ville (57 en tout). Le Museon Arlatan est un musée ethnographique centré sur des objets et des coutumes essentiellement du dix-neuvième siècle.
Shopping
Disséminées aux quatre coins de la ville, vous trouverez une dizaine d’adresses avec des produits de soins caractéristiques de la Provence. Il s’agit souvent de chaînes de magasin… Ce n’est pas le cas d’Ici et là (rue de la Calade 14), qui vous propose une offre quelque peu différente. L’Atelier d’Émilie (rue de l’Hôtel de ville, 7) présente un grand choix d’affiches et de reproductions d’art. Dans la maison voisine (n° 5), vous dégotterez chez État des Lieux des gadgets originaux et colorés, et le meilleur design de cuisine d’Alessi. La grande maison d’édition indépendante, Actes Sud, est implantée à Arles. Sa boutique se trouve dans la rue du Dr Fanton 43-47. Harmonia Mundi est un éditeur réputé de musique classique. Le siège central est installé à Arles. Le grand magasin de l’éditeur, avec des CD et des livres, se situe à la rue du Président Wilson 3.
Côté gastro
Au printemps 2006, L’Atelier a ouvert ses portes dans la rue des Carmes. Le chef, Jean-Luc Rabanel, combine légumes provençaux frais et biologiques de son propre potager (situé un peu en dehors de la ville) avec des touches gustatives orientales. Cette association est gagnante, car tant la cuisine locale qu’asiatique travaillent avec beaucoup de produits frais et crus. Il en résulte une cuisine saine, très contemporaine, très créative et très respectueuse du goût du produit. Chaque jour, deux formules sont proposées : le Menu Créations et ses 7 petits plats pour 42 EUR et le Menu Émotions proposant 13 petits plats affichés à 65 EUR. Vous pouvez y déjeuner entre 12 et 13 heures et y dîner entre 20 et 21 heures. Mieux vaut être ponctuel. De plus, il est chaudement recommandé de réserver! Fermé le lundi et le mardi. En 2007, L’Atelier a été le premier restaurant biologique à recevoir une étoile Michelin.
L’Atelier, rue des Carmes 7, 13200 Arles, tél. +33 490 91 07 69, www.rabanel.com
Y loger
Nous avons passé la nuit à l’Hôtel de l’Amphithéâtre dans une rue calme du centre historique d’Arles. Cet hôtel familial est un hôtel particulier plein de caractère du dix-septième siècle. En 2001, l’immeuble a été restauré sur la base des plans originaux et un hôtel y a été aménagé. Chacune des 28 vastes chambres a reçu un aménagement élégant et original respectant scrupuleusement le contexte historique de l’immeuble. Les espaces collectifs (salle de lecture, jardin intérieur) respirent aussi le calme et l’harmonie. Toutes les attractions de la ville sont à moins de dix minutes à pied. Une chambre double se loue à partir de 49 euros par nuit. Il y a aussi une chambre familiale et une suite. Le petit-déjeuner étendu (choix entre sucré ou salé) n’est pas compris.
Hôtel de l’Amphithéâtre, rue Diderot 5-7, 13200 Arles, tél. +33 4 90 96 10 30, www.hotelamphitheatre.fr
Infos
Office Municipal de Tourisme d’Arles, boulevard des Lices, 13200 Arles, tél. +33 490 18 41 20, www.tourisme.ville-arles.fr








